Sagesse de Saint Benoît (février - mars 2021) : La prière doit être brève et pure et pure (RB 20)

 

La prière doit être brève et pure 

RB 20

Dialogue humble et aimant avec Dieu, la prière n’est pas réservée aux contemplatifs. Elle n’est pas pour une élite de « sages » mais elle est accessible d’abord aux plus petits et au plus démunis. L’école monastique enracine la prière dans l’Ecriture.

 La règle de Saint Benoit évoque plusieurs types de prières : l’Office Divin, les temps d’oraisons que le moine va prolonger « par une inspiration de la grâce divine », et « les supplications en toute humilité et pureté de dévotions (...) » qui seront « brèves et pures » (chap. XX.).  Dans la ligne de la grande tradition des pères du désert, Saint Benoit parle ici de la prière lancée vers le ciel comme une flèche aux moments opportuns : tentations, choix, rencontres, évènements qui se présentent dans les différents moments de la journée.

 

La tradition monastique

Saint Cassien rapporte l’expérience des Pères du désert : quelques citations de Cassien (Conférence X d’Isaac : de la prière)

« Dieu, viens à mon aide, Hâtez-vous Seigneur, à notre secours »

C’est un secret que les rares survivants des Pères du premier âge nous ont appris, et que nous ne le livrons de même qu’au petit nombre des âmes qui ont vraiment soif de le connaître. Afin donc de vous tenir toujours dans la pensée de Dieu, vous devrez continuellement vous proposer cette formule de piété : Dieu, viens à mon aide, Hâtez-vous Seigneur, à notre secours. Ce verset exprime tous les sentiments que la nature humaine est susceptible ; il s’adapte à tous les états, il convient en toute sortes de tentations. (…)

On y trouve une humble et pieuse confession, la vigilance d’une âme toujours en éveil et pénétrée d’une crainte continuelle. Il dit aussi la confiance d’être exaucé et l’assurance du secours toujours et partout présent, car celui qui ne cesse d’invoquer son protecteur est bien certain de l’avoir près de soi. C’est la voix de l’amour et de la charité ardente ; c’est le cri de l’âme qui a l’œil ouvert sur les pièges à elle tendus, qui tremble en face de ses ennemis, et, se voyant assiégé par eux nuit et jour, confesse qu’elle ne saurait échapper, si son Défenseur ne la secourt. (...)

 « Mon Dieu, venez à mon aide ; hâtez-vous Seigneur, de me secourir. (…)

Ce verset doit être votre constante prière : dans l’adversité, pour en être délivrés ; dans la prospérité, pour y être maintenus, et préservés de l’orgueil. Oui, qu’il soit l’occupation continuelle de votre cœur ! Au travail, dans vos divers offices, ne vous lassez pas de le répéter. Soit que vous mangiez, soit que vous dormiez, dans tous les assujettissements de la nature, méditez-le. Cette pensée vous deviendra une formule de salut, qui non seulement vous gardera contre toutes les attaques des démons, mais encore vous purifiera de tout vice et de toute impureté terrestre et par-là vous élèvera jusqu’à la contemplation des choses célestes et invisibles.

Vous la méditerez, vous l’écrirez sur vos lèvres, vous les graverez sur les murs de votre maison et dans le sanctuaire de votre cœur : en sorte qu’elles vous accompagnent comme votre unique refrain, lorsque vous vous prosternerez pour l’oraison, et quand ensuite, vous vous relèverez pour suivre le train ordinaire de la vie, comme votre constante prière.

 Saint Benoit :

La règle de Saint Benoit propose une plus grande variété de versets bibliques. Ces versets aident le moine à avoir une juste attitude devant Dieu et orientent le moine avant toute action. Car « quelque bien qu’il entreprenne », le moine doit « demander à Dieu qu’Il le mène à bonne fin » et prier le Seigneur « d’ordonner à sa Grâce de lui fournir le secours ». (Prologue)

-Une prière qui ouvre la journée : Ecoutons cet avertissement divin que nous adresse chaque jour la voix qui nous crie : « Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’allez pas endurcir vos cœurs ! » (Ps94)

« Voici l’heure pour nous de sortir du sommeil ! » (Rom13, 11 ; tiré du prologue).

-La prière qui ouvre les matines :« Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche proclamera ta louange »

-Le verset qui introduit l’office divin :« Dieu, vinez à mon aide, hâtez–vous Seigneur de me secourir » (Ps 69, 2)

-La prière de l’Esprit pour entrer dans le regard de foi sur les supérieurs(Chap.2) : « Vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants par lequel nous crions : Abba, c’est-à-dire : Père ! » (Rom8, 15)

-La prière qui dispose à demander pardon et à se convertir : « Il est bon que vous m’ayez humilié afin que j’apprenne vos commandements » (Ps118, 71 ; cité au chap.7). Et : « Je serai sans tache devant Dieu si je me garde de mon iniquité » (Ps17, 24 ; cité au chap.7)

-Celle qui nous maintient dans le silence et l’humilité :« J’observerai mes voies, je me suis humilié, j’ai gardé le silence, même sur les choses bonnes » (Ps38, 2-3 ; cité au chap.6). Et : « Seigneur, mon cœur ne s’est pas exalté et mes yeux ne se sont pas élevés » (Ps130, 1 ; cité au chap7)

-Celle qui nous aide à tenir face aux adversités : « Que ton cœur s’affermisse et sache attendre le Seigneur » (Ps26, 14) et « je suis devant vous comme une bête de somme mais je suis toujours avec vous » (Ps72, 23 ; cité au chap.7)

-La prière d’action de grâce pour l’aide du Seigneur : « Béni sois-tu Seigneur : tu m’as assisté et tu m’as consolé » (Dn3, 52 ; cité au chap.34)

Ces quelques exemples de versets extraits de l’Ecriture ont une « autorité divine », c’est donc une « règle très sure pour la vie humaine » (chap. 73)

Conclusion :

Chacun peut trouver dans l’Ecriture le verset le plus adapté à sa situation. Les saints ont aussi formulé des prières tirées de leur vie d’intimité avec Dieu. Les auteurs spirituels appellent ces prières « oraisons jaculatoires » :

Sainte Thérèse d’Avila : « Au milieu de nos occupations, nous devons nous retirer au-dedans de nous–même, ne fût-ce qu’un instant, en nous rappelant seulement Celui qui nous tient compagnie ».

La qualité de l’oraison jaculatoire ne dépend pas de la durée, mais de la manière de regarder Dieu avec confiance et amour.

Il faut profiter des interruptions que comportent inévitablement nos occupations : trajet, travail ou jeu... Ces oraisons vont permettent d’entrer plus facilement des temps d’intimités plus longs avec le Seigneur et de nous préparer à vivre plus dignement les rencontres eucharistiques.