Sa charte

Le 26 mars 1995, Mgr Georges Lagrange, évêque de Gap, bénit solennellement l'église du monastère Notre-Dame de Miséricorde à Rosans fondé le 30 juin 1991 par l'Abbaye Notre-Dame de Fidélité, à Jouques, du diocèse d'Aix en Provence. Au cours de la messe, Dom de Lesquen, Abbé de Randol, assistant religieux de la Communauté, lit au nom de l'Abbesse de Jouques et des deux communautés de Jouques et de Rosans une Charte d'action de grâces à Dieu pour le don qu'il a fait de cette nouvelle église : 

"Lui, le Dieu infini, que le ciel et la terre ne peuvent contenir, daigne descendre dans ce lieu fini, habiter cette Maison de pierre, ce tabernacle creusé dans le mur, au pied duquel montera la prière de louange et d'intercession et d'où rayonnera sa miséricordieuse présence.

De cette église, Lui seul est le fondement et la pierre angulaire, Lui seul est le Maître d'œuvre qui a fusionné en un bloc le génie et la magnanimité de l'architecte, l'adresse des artisans, la générosité des bienfaiteurs et le labeur des moniales. Lorsqu'il y a quatre ans, Il a demandé à ces moniales d'édifier sur la terre des Hautes Alpes, une nouvelle Maison de prière, Il ne s'est pas choisi des bâtisseurs puissants et riches, mais Il les a voulus pauvres et démunis, et n'a compté que sur leur patience, afin que rien d'humain ne corrompe cette œuvre et que Lui seul en demeure l'Auteur. Mais Il a suscité, parmi leurs parents et amis, bienfaiteurs connus et inconnus, un immense élan de foi et de ferveur qui devait faire surgir, de ces marnes arides, un espace sacré où l'homme puisse s'abreuver aux Sources du Sauveur.

En notre siècle où Dieu est remplacé par toutes sortes d'idoles, le projet des moniales, qui paraissait folie, a cependant trouvé un écho bouleversant. La construction d'un monastère n'est-elle pas, dans un monde qui perd ses raisons d'espérer, l'affirmation sereine de l'existence .de Dieu et de sa transcendance, dont les moniales sont, telle la lampe devant le tabernacle, les témoins silencieux. A l'appel des moniales les réponses sont venues : non pas quelques gros dons, mais de multiples pierres, de toute forme et de toute taille, qui une à une, se sont incorporées à l’édifice.

Cette église est la Maison de Dieu, appelée Maison de prière ; mais elle est plus que cela ; cette église est elle-même une prière. De chacune de ces pierres jaillit un cri, un appel, une supplique ; dans chacune de ces pierres se cache une croix, une souffrance, un sacrifice ; chacune de ces pierres est un acte de foi, celui d'hommes et femmes éprouvés par la vie, de foyers brisés, de parents soucieux pour leurs enfants, de jeunes inquiets de l'avenir, de personnes âgées souffrant de solitude, de malades rongés par la douleur, qui tous, ont fait de leur offrande une supplication vers Dieu.

En même temps que dans la dure substance de ces pierres, ce cri de prière s'est incrusté dans le cœur des moniales de Jouques et de Rosans. Désormais leur voix devra en répercuter la clameur jusqu'à Dieu et leur vie en assumer la terrible responsabilité : elles ne l'oublieront pas.

Le pourraient-elles, d'ailleurs, quand tout, dans cette église, réveille leur conscience : ces murs massifs qui se dressent vers le Ciel, et par leurs ouvertures, captent quelque chose, déjà, de sa lumière. Cette grille de clôture, signe de leur appartenance exclusive à Dieu, près de qui elles retrouvent plus sûrement le monde... Entre elles et les fidèles, cette croix et l’autel sur lequel va se renouveler l'unique Sacrifice, unique source aussi dont leur vie reçoit sa mystérieuse et secrète fécondité.

Enfin, tout au fond de l'église, comme à la proue d’un navire, Notre .Dame de Miséricorde est là, qui enveloppe l'humanité de son manteau et lui ouvre le chemin du Rédempteur. A son intercession toute puissante les moniales confient leur monastère, leurs amis rassemblés ou unis de pensée, tous ceux qui méritent leur immense gratitude et comptent, sans douter, sur leur prière.

Souvenez-vous, Vierge Mère, en présence de Dieu, de cette charge d’âmes, que les moniales ne peuvent porter seules. Souvenez-vous, ô Notre Dame, de toutes ces intentions condensées dans la flamme d’un cierge qui sera allumé à la fin de la messe, et ne cessera pas de brûler devant vous."